L’esprit de Tibhirine de Jean-Pierre Schumacher et Nicolas S. Ballet, nouvelle ed. – du Seuil, 2026, 222 p.

Beaucoup d’entre nous ont pu voir le long métrage Des hommes et des dieux[1] de Xavier Beauvois (2010) – Grand prix du jury au Festival de Cannes.  Un hommage touchant dans lequel le réalisateur revenait sur le drame survenu en Algérie près de Médéa, au printemps 1996. Il y relatait l’histoire de la disparition de ces moines trappistes, lesquels avaient pour double appartenance l’Ordre des Cisterciens de la Stricte Observance et l’Église locale.

Sept frères furent ainsi enlevés puis assassinés durant ces années noires du terrorisme[2]. Leur décès a suscité nombre de réactions auprès des chrétiens et des musulmans …

Si le film évoque les derniers jours de la vie des moines du prieuré de Tibhirine, en revanche, le récit de Jean-Pierre Schumacher, rescapé de cette tragédie demeure encore trop méconnu.  

Les entretiens recueillis par le journaliste Nicolas S.Ballet principalement au monastère de Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt au Maroc apportent un éclairage délicat quant au vécu et aux fêlures de ce frère, devenu une figure solitaire[3]. Un évènement que l’on pourrait penser impartageable, un sujet difficile et pourtant …

Une réflexion sous-jacente parcourt l’ensemble de ces pages, celle de la culpabilité du survivant, de celui qui reste, quel sens donner à un tel fait ?  Surtout, comment devenir ce témoin discret ?

« En me plongeant dans les textes de l’Écriture sainte, je me mettais en quête d’une réponse introuvable, comme si l’énigme s’ajoutait à l’énigme dans un jeu de miroirs sans fin » p. 43

Ces échanges très personnels nous invitent ici à repenser le dialogue inter-religieux mais aussi, la nécessité de l’ouverture ainsi que l’espoir de rencontrer autrui pour ce qu’il est. Un ouvrage limpide sur un fait sensible.

Pour M.Kamal

« Que la terre te soit légère »


[1] Pour découvrir la bande annonce : https://www.youtube.com/watch?v=1q0W494MktQ

[2] Selon l’homme d’État algérien Rhéda Malek (1931-2017), « ce qui a réellement donné consistance au projet islamiste en Algérie, c’est l’apport massif des éléments soigneusement formés et aguerris au Pakistan et en Afghanistan, sans parler des camps financés par Ben Laden au Soudan ou ceux du Hizbu Allah au Liban » p. 84 – Une expérience cruciale à méditer : le terrorisme islamiste en Algérie. In : Recherches Internationales, n°67-68, 1-2-2003. Algérie. État des lieux : politique, société, culture.

Enfin, d’après le journaliste d’investigation et historien John Kiser (2006), deux thèses s’affrontent quant à cet évènement, la version officielle défend que les moines ont été tués par des islamistes du GIA tandis que ceux qui contestent la thèse gouvernementale penchent davantage pour des agents de la Sécurité militaire.

[3] Jean-Pierre Schumacher s’est éteint en 2021, à l’âge de 97 ans.

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