J’ai souhaité m’attarder sur cette photographie afin d’illustrer au mieux ce projet de création de site internet.
Cette capture d’un paysage singulier, contestable du point de vue de sa technique voire de son cadrage a été réalisée au printemps 2025, au détour d’un périple en Arménie. Une terre disputée depuis plusieurs millénaires, dans un lieu, en apparence austère et désolé.
L’histoire de ce pays s’avère riche et, complexe. Auparavant, nommé Urartu, « le royaume oublié des montagnes », il s’agissait d’un Etat puissant, établi au sud du Caucase vers le IXe siècle av. J-C.
Cet endroit isolé que l’on peut ici contempler, semble comme préservé de l’agitation et, des tourments propres au quotidien de l’homme. Pourtant, ce patrimoine a subi des atteintes durant la période soviétique, comme en témoignent la pose de ce piquet improbable, sondé à même la terre, (situé à gauche) ou encore la présence de ce banc insolite, quant à lui d’époque plus récente et, perceptible (en arrière-plan à droite).
La fonction attribuée à ces monticules de pierres, composés de dolmens et de tumulus reste une énigme pour la communauté scientifique. Était-ce un point de repère astronomique ? A ce jour, nul n’est en mesure de pouvoir y répondre. Trop d’incohérences, d’hypothèses voire de spéculations demeurent face à cet horizon brumeux et ces cimes enneigées.
Auprès de cet Observatoire de Karahunj [1] localisé dans la région de Syunik et, décrit comme un site mégalithique, je me suis sentie apaisée. Une sérénité insufflée grâce au simple toucher du basalte poreux présent, en grande quantité.
Je n’ai pas cherché à étudier scrupuleusement la composition minérale de cette roche. D’un point de vue géologique, il s’agit juste de l’effet réitéré d’une légère pression, consécutive à l’émanation furtive d’un résidu magmatique provenant de la lave, autrefois en fusion.
Non, ce jour-là, je suis restée ancrée dans le sol, foulant ce bout de manteau terrestre. J’ai souri car, j’ai repensé au volcanologue Haroun Tazieff, ce « poète du feu » comme le surnommait Jean Cocteau. Je me suis également souvenue du couple Krafft, disparu en 1991 lors d’une expédition sur les pentes du mont Unzen au Japon. Enfant, les explorations de ces scientifiques me passionnaient.
Pour cette raison, ce cliché imparfait représente, peut-être à mes yeux un moment rare au cours duquel, je me suis remémoré la puissance visuelle du documentaire réalisé par Werner Herzog [2]. Cet hommage diffusé sur Arte m’avait littéralement happée.
Le cinéaste allemand se disait lui-même fasciné par le parcours de ces pionniers hors du commun, lesquels n’hésitaient pas à mettre leur vie en péril. Il semblait troublé par leur volonté de capturer au plus près la matière même du vivant et, ses profondeurs telluriques.
Aujourd’hui, j’ai tendance à penser que certains munis de leurs chronomètres courent toujours après les performances, quand d’autres aspirent encore à trouver de nouveaux mentors ou, défis. Étonnamment, pour moi, c’est en posant un pied devant l’autre que mon envie d’exploration s’est renforcée. Une quête semblable peut-être à celle qui anima l’écrivain et grand marcheur Bernard Ollivier lors de sa traversée de l’Asie mineure et centrale [3].
A chacun, chacune la poursuite de son « Everest ».
Bonne(s) lecture(s) à venir !
[1] Le cercle de pierres de Karahunj est également connu sous les noms de Zorac‘ K‘arer, Zorac Qarer, Zorakarer, Zorakar, Zorats Karer ou Carahunge. Il occupe une superficie de 90 hectares et remonte à 7500 ans, ce qui en fait l’un des plus anciens observatoires mégalithiques du monde. Sa construction est antérieure de plus de 4000 ans à celle du célèbre site de Stonehenge au Royaume-Uni.
[2] Au cœur des volcans : requiem pour Katia et Maurice Krafft – Réalisation : Werner Herzog, à partir du fonds d’archives d’images fixes et animées de Katia et Maurice Krafft – 2022 – 1 h 24 min – couleur – Production : Bonne Pioche, Alexandre Soullier, Brian Leith Productions, Mandy Leith, Pete Lown, Titan Films, Julien Dumont, ARTE France. Avec le soutien de la PROCIREP et de l’ANGOA – Distribution : Potemkine – Titre original : The Fire Within : a Requiem for Katia et Maurice Krafft : https://www.youtube.com/watch?v=OJ2Bx-H8Bkw
[3] Cette œuvre de Bernard Ollivier se décline comme suit : – Longue marche, Tome 1 (« Traverser l’Anatolie ») puis Longue Marche, Tome 2 (« Vers Samarcande ») ; Longue marche, Tome 3 (« Le Vent des steppes »). Ces titres sont parus initialement en 2003 aux éditions Phébus.

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